La passion de l’inégalité
Publié le 24 novembre 2009 | Catégorie(s): Coup de gueule
En participant, ce lundi, au comité interministériel pour l’égalité des chances présidé par le Premier ministre, je me faisais la réflexion suivante : si notre société plaçait autant d’énergie à mobiliser tous ses talents qu’elle en déploie pour les exclure, nous aurions probablement l’économie la plus prospère et la société la plus harmonieuse qui soient !
J’en veux pour preuve cette statistique de l’OCDE qui montre que la France a l’une des productivités horaires les plus élevées au monde mais que la création de richesse, ramenée au nombre d’habitants, reste bien en-deçà de ce qu’on pourrait attendre : 28% de moins qu’aux Etats-Unis alors que notre taux de productivité est quasiment le même. A quoi tient ce décalage ? Au fait que notre société maintient des catégories entières de population à l’écart du marché de l’emploi, qu’il s’agisse des jeunes, diplômés ou non, des femmes en âge actif ou encore des seniors. Si l’on prend la tranche de population active la plus large, celle des 15-64 ans, on voit que notre marché du travail n’en mobilise qu’à peine les deux tiers (64%), là où les économies les plus performantes (le Danemark, la Suède) atteignent quasiment les trois quarts.
On me dira que nous avons la chance de pouvoir poursuivre des études plus longues qu’ailleurs ; de pouvoir bénéficier de congés parentaux étendus au moment où naissent nos enfants ; et que les salariés en fin de carrière bénéficient de mesures de cessation anticipée qui leur évitent les affres du chômage de longue durée. Je ne conteste ni la générosité ni la nécessité de ces dispositifs. Mais je veux aussi être clairvoyant sur la réalité qu’ils recouvrent : celle de jeunes souvent très diplômés mais qui ne parviennent pas à s’insérer sur le marché du travail, celle de femmes qui voient leur progression de carrière soudainement interrompue au moment où elles deviennent mères, celle de salariés compétents et désireux d’aller jusqu’au bout de leur projet professionnel, mais qui doivent se résoudre à partir les premiers lorsque leur entreprise connaît des difficultés.
Ces phénomènes d’exclusion ne résultent pas seulement de considérations économiques. Dans la société de « l’entre-soi », telle que la décrit par exemple Eric Maurin, tout est mis en œuvre pour éviter l’autre, s’en distinguer, le détourner des voies de promotion sociale qu’on a identifiées pour soi et pour les siens. C’est la carte scolaire qui, trop longtemps, a scellé le destin des enfants en fonction de leur lieu de résidence. C’est la politique d’orientation qui, bien souvent, a préféré organiser la sélection des élèves plutôt que d’éveiller leur vocation. C’est la folie d’une organisation urbaine qui a cru, voilà près d’un demi-siècle, que les progrès de l’architecture suffiraient à assurer le progrès de la société. Là encore, l’énergie que consacre notre société à limiter son propre champ d’interactions est proprement sidérante.
Le rôle du gouvernement, bien sûr, est de lutter contre cette tendance qui contredit notre passion tocquevillienne pour l’égalité. C’est aussi de redonner leur dignité et leur effectivité aux valeurs sur lesquelles se sont fondées notre pacte social : l’éducation, le mérite, le travail. Ces valeurs ont subi, au fil des ans, les assauts répétés d’une idéologie contraire. C’est à nous, aujourd’hui, de les restaurer.

Robinet Airy
24 nov. 2009
Bonjour,
Que je suis d’accord avec vous !
Ce qui me semble le plus urgent à corriger me semble être la reconnaissance des capacités de chacun.
Je parle bien de capacités et non de compétences.
En effet, si l’on parle de compétences, on retombe dans le schéma de cloisonnement des recruteurs, sites de recherche d’emploi et autre pôle emploi qui s’évertuent à classifier les chercheurs d’emploi dans la compétence qu’ils ont acquise par le passé (agroalimentaire, sidérurgie, médical etc.).
Si l’on parle de capacité (offreur de capacité), le chercheur peut s’inscrire partout où il considère qu’il puisse apporter une valeur ajoutée et ce, dans un cadre de compétence.
Question de vocabulaire certes mais si demain, nos RH prennent en compte qu’il puisse exister des offreurs de capacités pouvant s’épanouir dans des cadres de compétences, tant soit peu qu’ils puissent définir leurs cadres de compétences (c’est bien moins souvent qu’on ne le pense), nous allons assister à une augmentation sensible du nombre d’acteurs qualifiés étant parvenus à l’intelligence, le plaisir, l’autonomie et la valorisation de l’acte professionnel.
Ainsi, je reste persuadé que si l’on veut voir s’épanouir le marché de l’emploi, revoyons d’abord les processus et procédures de recrutement.
Bonne journée à tous
Airy Robinet
La passion de l’inégalité « Ump9eme
25 nov. 2009
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