Du relativisme et de l’intégral
Publié le 2 octobre 2009 | Catégorie(s): Des idées d'abord
Un des lecteurs de ce blog m’a récemment incité à évoquer diverses questions brûlantes, dont celle de la burqa, ce voile intégral qui prétend ériger les femmes en étendard de leur propre aliénation. J’accède très volontiers à cette demande, qui me paraît beaucoup plus pertinente que la pudeur ou la prudence excessives qu’entretient notre société pour cette pratique. Pris au piège de notre propre tolérance, de notre propre désir de respecter la liberté en général, et celle d’autrui en particulier, nous laissons dire et prospérer des arguments proprement insupportables pour tout esprit de raison.
Car le port du voile intégral, ose-t-on affirmer sans rire, c’est une affaire de liberté individuelle qui ne concerne que celles qui en acceptent la sujétion. Je refuse cet argument : car dans une société libre, la seule liberté qui doive être refusée, c’est précisément le refus de la liberté. Dissimuler son visage, c’est refuser toute possibilité d’échange, toute relation sociale, c’est contester à la société toute utilité et toute légitimité.
La burqa, affirme-t-on, c’est aussi un fait religieux qu’il ne nous appartient pas de juger. Or les autorités françaises du culte musulman, avec qui je me suis longtemps entretenu de cette question, sont formelles sur ce point : le port du voile intégral ne figure dans aucun précepte coranique. Je dirais même que l’esprit de laïcité positive telle que nous la défendons, celle d’une République attentive au respect de la liberté de conscience, exige tout particulièrement que l’on sorte de la confusion entre ce qui relève du culte musulman et qui ne gêne personne – la période du Ramadan, période de recueillement et de convivialité, en est l’exemple – et ces injonctions vestimentaires d’un autre ordre qui jettent l’opprobre sur les millions de musulmans de France qui pratiquent librement et paisiblement leur religion dans notre pays.
Mais la burqa, objectent d’autres, c’est un fait culturel qui relève de la tradition de certaines ethnies et que nous aurions tort d’interdire sous peine d’attenter au droit à la différence. Ce relativisme culturel m’est odieux, moi qui ai défendu toute ma vie la culture comme facteur d’émancipation et comme mode d’accès privilégié à la raison universelle. Quel que soit le degré de sophisme auquel on se livre, l’ombre à laquelle on voudrait réduire ces femmes – ou à laquelle elles prétendent vouloir se réduire elles-mêmes – n’a rien de pittoresque.
Reste la question : comment agir utilement ? Une loi ? Sans doute, mais laquelle ? On voit bien quel est le piège tendu à notre démocratie, celui de l’amener à légiférer contre ses propres valeurs, et de restreindre, contre sa propre aspiration, le champ des libertés. Veut-on par exemple d’une police qui obligerait les femmes à quitter le voile intégral ? Nous n’en sommes pas là, bien sûr, mais le principe que nous devons affirmer doit être celui de la liberté plutôt que celui de la contrainte. J’aurai l’occasion d’en dire plus d’ici quelques semaines lors de mon audition devant la commission parlementaire sur le port du voile intégral.

Jean-Bernard Piche
2 oct. 2009
La Burka ce n’est pas l’Islam et il suffit d’écouter les représentants des instances musulmanes françaises pour s’en convaincre. C’est donc aussi à eux de faire des propositions constructives. Ces instances représentatives ne doivent pas éviter le débat, elles ont aussi été crées pour cela. Et vive la laïcité.
Marc Landré
4 oct. 2009
Bonjour monsieur le ministre
Je fais la promo de votre blog sur le mien, « Les dessous du social » (http://blog.lefigaro.fr/social). J’y pose d’ailleurs une question à laquelle je souhaiterai que vous répondiez : peut-on être ministre de la République, n°7 du gouvernement, et avoir une parole libre sur un blog au delà de son droit de réserve ?