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	<title>Xavier Darcos &#187; Des idées d&#8217;abord</title>
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		<title>Identité nationale ou de l’urgence d’en débattre</title>
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		<pubDate>Thu, 05 Nov 2009 10:59:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier Darcos</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des idées d'abord]]></category>
		<category><![CDATA[débat]]></category>
		<category><![CDATA[identité nationale]]></category>
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		<description><![CDATA[Je devais avoir 13 ans. Pour la première fois de ma vie, j’allais franchir nos frontières et rejoindre un correspondant en Angleterre. Je me souviens de l’unique recommandation de mon père, que je respectai scrupuleusement une fois sur place : « Souviens-toi que tu seras là-bas l’image de la France : c’est elle qu’on jugera à travers toi ».

En me remémorant, bien des années après, ce précepte paternel, je me dis qu’il illustre assez bien la conception que nous, Français, nous faisons de l’identité nationale. Car la Nation n’est pas une entité abstraite, distante et froide, gardienne impérieuse du temps et de nos traditions. C’est une identité collective, qui transcende la personne et dont chacun d’entre nous, réciproquement, est une incarnation singulière comme dans ces tableaux flamands où un petit miroir reflète « en abyme » la scène dépeinte tout entière. <a href="/debat-identite-nationale/">Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-149" title="Liberté Egalité Fraternité" src="http://www.xavierdarcos.fr/wp-content/uploads/liberteegalitefraternite2.jpg" alt="Liberté Egalité Fraternité" width="430" height="235" /></p>
<p><span style="color: #999999;"><em>Ce texte sera aussi publié sur le site du Grand débat sur l&#8217;identité nationale.</em></span></p>
<p>Je devais avoir 13 ans. Pour la première fois de ma vie, j’allais franchir nos frontières et rejoindre un correspondant en Angleterre. Je me souviens de l’unique recommandation de mon père, que je respectai scrupuleusement une fois sur place : « Souviens-toi que tu seras là-bas l’image de la France : c’est elle qu’on jugera à travers toi ».</p>
<p>En me remémorant, bien des années après, ce précepte paternel, je me dis qu’il illustre assez bien la conception que nous, Français, nous faisons de l’identité nationale. Car la Nation n’est pas une entité abstraite, distante et froide, gardienne impérieuse du temps et de nos traditions. C’est une identité collective, qui transcende la personne et dont chacun d’entre nous, réciproquement, est une incarnation singulière comme dans ces tableaux flamands où un petit miroir reflète « en abyme » la scène dépeinte tout entière.</p>
<p>Cette coïncidence entre l’identité nationale et l’identité individuelle ne relèverait sans doute que de la pure spéculation si la France, à la différence d’autres pays, n’avait adopté une conception élective de la Nation. Si l’identité nationale est aussi la nôtre, c’est parce que nous avons la liberté – et la responsabilité – de définir ce qu’elle doit être : la Nation, écrivait Renan, est « un plébiscite de tous les jours ». Ainsi, par paradoxe, le Français réputé insoumis, insatisfait ou rebelle est cependant toujours français par volonté. D’où la nécessité de réfléchir, de débattre, de se rassembler autour d’une conception commune de ce que doit être la Nation.</p>
<p>Car le débat ne saurait se résumer à opposer schématiquement le droit du sol, tel que nous le pratiquons depuis la Révolution, au droit du sang qui prévaut dans certains autres pays. Patrick Weil a d’ailleurs démontré que ces oppositions sont factices et que notre droit a beaucoup fluctué depuis la Révolution française. Il n’en reste pas moins que cette conception a laissé une trace profonde dans nos mentalités, dans nos symboles et, peut-être aussi, dans nos modes de gouvernement. Si les idéologies, les systèmes totalitaires, ont eu moins de prise sur nous, c’est sans doute parce que l’identité française est une notion trop complexe pour se laisser réduire à un monopole de pensée ou d’organisation. Pour ceux qui ont la charge de gouverner un pays si divers, cette complexité est un gage de pluralisme, mais aussi l’assurance de débats sans fin, tant nous préférons parfois les questions aux réponses, la recherche de l’altérité aux diktats de l’unicité !</p>
<p>De ce va-et-vient continuel entre l’identité nationale et l’identité personnelle, résulte une forme de tension, une dialectique incessante entre l’universel et le particulier qui donne parfois le vertige. Notre pays ne voit aucun paradoxe à être tout à la fois champion des corporatismes et le berceau de valeurs universelles forgées au siècle des Lumières. Il y perçoit même une conséquence de cette « vocation française » à laquelle Victor Hugo donnait pour maxime « la fraternité pour base et le progrès pour cime ». Soit. Mais encore faut-il que nous soyons vigilants à ne pas laisser s’affaiblir les valeurs et les institutions qui permettent, justement, d’opérer l’alchimie entre nos actions individuelles et notre destin collectif : la famille, l’école, le travail, la culture, l’engagement associatif, syndical ou politique sont autant de moyens irremplaçables pour assurer la cohésion de la collectivité nationale.</p>
<p>Ces hauts lieux de cohésion sociale, sur lesquels repose l’équilibre de notre modèle social, font aujourd’hui l’objet d’un questionnement intense sous l’effet des mutations de notre économie et des évolutions de nos structures sociales. Dans cette période difficile, qui exige de nous beaucoup de sang froid, le danger le plus insidieux est peut-être celui du chacun pour soi qui se nourrit des difficultés économiques et de la détresse sociale. Dans nos quartiers, dans nos entreprises et parfois jusque dans nos cellules familiales, émerge parfois le sentiment de n’avoir que soi-même pour recours. Rien ne serait pire que de laisser se creuser l’écart entre les idéaux que portent nos discours politiques et les difficultés quotidiennes que rencontrent les Français : de cette distance se nourriraient les revendications identitaires, la concurrence des identités et des mémoires, la surenchère communautariste. Le rôle de l’Etat, en tel cas, n’est pas seulement de prendre les décisions qui s’imposent pour permettre le retour de la croissance, mais de permettre aussi aux Français de se rassembler autour de l’idée qu’ils se font de leur destin commun. Cela ne mérite-t-il pas qu’on en débatte ?</p>
<p><em><a href="http://www.flickr.com/photos/gertcha/3005320404/">Crédits photo</a></em></p>
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		<title>Du relativisme et de l’intégral</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Oct 2009 12:15:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier Darcos</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des idées d'abord]]></category>
		<category><![CDATA[burqa]]></category>
		<category><![CDATA[liberté]]></category>

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		<description><![CDATA[Un des lecteurs de ce blog m’a récemment incité à évoquer diverses questions brûlantes, dont celle de la burqa, ce voile intégral qui prétend ériger les femmes en étendard de leur propre aliénation. J’accède très volontiers à cette demande, qui me paraît beaucoup plus pertinente que la pudeur ou la prudence excessives qu’entretient notre société pour cette pratique. Pris au piège de notre propre tolérance, de notre propre désir de respecter la liberté en général, et celle d’autrui en particulier, nous laissons dire et prospérer des arguments proprement insupportables pour tout esprit de raison. <a href="/du-relativisme-et-de-l-integral-burqa-voile-integral">Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Un des lecteurs de ce blog m’a récemment incité à évoquer diverses questions brûlantes, dont celle de la burqa, ce voile intégral qui prétend ériger les femmes en étendard de leur propre aliénation. J’accède très volontiers à cette demande, qui me paraît beaucoup plus pertinente que la pudeur ou la prudence excessives qu’entretient notre société pour cette pratique. Pris au piège de notre propre tolérance, de notre propre désir de respecter la liberté en général, et celle d’autrui en particulier, nous laissons dire et prospérer des arguments proprement insupportables pour tout esprit de raison.</p>
<p>Car le port du voile intégral, ose-t-on affirmer sans rire, c’est une affaire de liberté individuelle qui ne concerne que celles qui en acceptent la sujétion. Je refuse cet argument : car dans une société libre, la seule liberté qui doive être refusée, c’est précisément le refus de la liberté. Dissimuler son visage, c’est refuser toute possibilité d’échange, toute relation sociale, c’est contester à la société toute utilité et toute légitimité.</p>
<p>La burqa, affirme-t-on, c’est aussi un fait religieux qu’il ne nous appartient pas de juger. Or les autorités françaises du culte musulman, avec qui je me suis longtemps entretenu de cette question, sont formelles sur ce point : le port du voile intégral ne figure dans aucun précepte coranique. Je dirais même que l’esprit de laïcité positive telle que nous la défendons, celle d’une République attentive au respect de la liberté de conscience, exige tout particulièrement que l’on sorte de la confusion entre ce qui relève du culte musulman et qui ne gêne personne – la période du Ramadan, période de recueillement et de convivialité, en est l’exemple – et ces injonctions vestimentaires d’un autre ordre qui jettent l’opprobre sur les millions de musulmans de France qui pratiquent librement et paisiblement leur religion dans notre pays.</p>
<p>Mais la burqa, objectent d’autres, c’est un fait culturel qui relève de la tradition de certaines ethnies et que nous aurions tort d’interdire sous peine d’attenter au droit à la différence. Ce relativisme culturel m’est odieux, moi qui ai défendu toute ma vie la culture comme facteur d’émancipation et comme mode d’accès privilégié à la raison universelle. Quel que soit le degré de sophisme auquel on se livre, l’ombre à laquelle on voudrait réduire ces femmes – ou à laquelle elles prétendent vouloir se réduire elles-mêmes – n’a rien de pittoresque.</p>
<p>Reste la question : comment agir utilement ? Une loi ? Sans doute, mais laquelle ? On voit bien quel est le piège tendu à notre démocratie, celui de l’amener à légiférer contre ses propres valeurs, et de restreindre, contre sa propre aspiration, le champ des libertés. Veut-on par exemple d’une police qui obligerait les femmes à quitter le voile intégral ? Nous n’en sommes pas là, bien sûr, mais le principe que nous devons affirmer doit être celui de la liberté plutôt que celui de la contrainte. J’aurai l’occasion d’en dire plus d’ici quelques semaines lors de mon audition devant la commission parlementaire sur le port du voile intégral.</p>
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		<title>Du dialogue comme substitut aux idéologies</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Sep 2009 10:57:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier Darcos</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des idées d'abord]]></category>
		<category><![CDATA[dialogue]]></category>
		<category><![CDATA[idéologie]]></category>
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		<description><![CDATA[Je suis frappé par la difficulté de redonner du sens à l’action, comme si les doctrines politiques flottaient face à la brutalité du réel, face à la crise qui broie et emporte les solutions miracles. Ainsi se confirme la fin des idéologies miracles, en quoi certains ont vu la définition d’une « post-modernité ». S’y substituent de nouvelles approches répondant à des préoccupations à caractère éthique ou social, où prédomine le souci de l’environnement et d’une croissance moins nuisible à la vie humaine.
La remise du rapport Stiglitz sur la croissance l’a encore montré il y a peu : nous ne pouvons plus évaluer nos progrès à la seule aune des chiffres de la production ou de l’économie, sans y intégrer de nouveaux critères liés au bien-être moral et mental. Ce mélange de pragmatisme et de retour à des valeurs humanistes est de bon augure. Qui d’entre nous, lorsqu’il pense aux moments forts de son existence, citerait l’argent ou la consommation ? <a href="/du-dialogue-comme-substitut-aux-ideologies/">Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis frappé par la difficulté de redonner du sens à l’action, comme si les doctrines politiques flottaient face à la brutalité du réel, face à la crise qui broie et emporte les solutions miracles. Ainsi se confirme la fin des idéologies miracles, en quoi certains ont vu la définition d’une « post-modernité ». S’y substituent de nouvelles approches répondant à des préoccupations à caractère éthique ou social, où prédomine le souci de l’environnement et d’une croissance moins nuisible à la vie humaine.</p>
<p>La remise du rapport Stiglitz sur la croissance l’a encore montré il y a peu : nous ne pouvons plus évaluer nos progrès à la seule aune des chiffres de la production ou de l’économie, sans y intégrer de nouveaux critères liés au bien-être moral et mental. Ce mélange de pragmatisme et de retour à des valeurs humanistes est de bon augure. Qui d’entre nous, lorsqu’il pense aux moments forts de son existence, citerait l’argent ou la consommation ? Ce qui compte, au fond, ce sont les bonheurs privés et les progrès collectifs. En un sens, d’ailleurs, ce recul des idéologies est rassurant. Les intellectuels d’après guerre s’en étaient gavés : marxisme, structuralisme, ou avant-gardismes en tous genres. On vit ainsi les meilleurs esprits devenir des zombies du stalinisme ou maoïsme, asservis à des slogans débiles, justifier des pires crimes contre les peuples, s’extasier devant l’aliénation collective. Vint ensuite « l’ère du soupçon », qui vit ces théoriciens si peu fiables devenir l’objet de la suspicion générale, car trop de belles intelligences avaient participé à « la trahison des clercs ».</p>
<p>J’aime cette prudence raisonnable. Pascal disait, je crois, qu’ « il n’y a de fols que les certains et résolus ». Rien ne m’a plus atterré, ces dernières années, que ces quelques situations où je me suis vu interdire de m’exprimer, mes interlocuteurs préférant les vociférations, les slogans, les cornes de brumes ou les cris d’animaux, de moutons notamment. Que le discours politique soit régulièrement attaqué pour ses approximations, ses partis pris, ses raccourcis, ne me choque pas. Je réclame même l’esprit critique pour décrypter ou rejeter l’argumentation développée dans une parole publique. Mais alors, tout se passe comme si nous avions appris à douter progressivement du dialogue et de ses orateurs, déplorant le décalage entre les discours et les actes et désespérant de retrouver cette capacité du verbe à transfigurer le réel qui fait le caractère particulier de la parole publique. Qui parle aujourd’hui, de quoi et à qui ?</p>
<p>On accuse souvent les hommes politiques de ne pas savoir parler à l’opinion publique, d’être des cyniques ou des comédiens. Mais ce discours, tant attendu, peut-il exister si nous ne contribuons pas tous, quelle que soit notre place dans la société, à son élaboration ? Economistes, sociologues, écrivains, philosophes, chercheurs, universitaires, entrepreneurs, poètes, représentants syndicaux, élus et militants de toutes causes, beaucoup de ceux qui savent, pensent et ont quelque chose à dire semblent pris d’un vertige devant notre incapacité collective à parler sinon d’une même voix, du moins des mêmes choses. Dans nos journaux, nos radios, sur nos blogs, le goût de la polémique semble l’avoir emporté sur celui du discours politique. Et nos meilleurs esprits, de crainte de compromettre, dans ces affrontements stériles, l’indépendance de leur pensée, préfèrent se tourner vers des échanges plus spéculatifs.</p>
<p>C’est le rôle du politique, aussi, de faire coïncider l’action et la raison.</p>
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		<title>En avoir… ou pas ?</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Sep 2009 08:35:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Xavier Darcos</dc:creator>
				<category><![CDATA[Coup de coeur]]></category>
		<category><![CDATA[Coup de gueule]]></category>
		<category><![CDATA[Des idées d'abord]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne me souviens plus quel humoriste disait, en substance, qu’il vaut mieux se taire en passant pour un sot, plutôt que parler au point de ne laisser aucun doute à ce sujet. Affrontant ce risque, je me suis décidé à reprendre notre dialogue.

Quand le Président de la République m’a rappelé au Gouvernement, en mai 2007, il me sembla qu’il devenait séant de <a href="http://xavierdarcos.blogspirit.com/archive/2007/05/19/fin-de-campagne.html">renoncer à mon blog</a>, la tâche qui m’attendait risquant de ne m’en accorder ni le loisir ni la licence. Je jugeais la poursuite de cet exercice difficilement compatible avec les contraintes d’un agenda ministériel. Des lecteurs, que je découvris à cette occasion plus nombreux et assidus que je ne l’aurais imaginé, me firent le reproche de cet excès de prudence. Inversement, je vois, ces temps-ci, que la presse fait le compte des personnalités qui bloguent et qu’elle montre du doigt les silencieux, supposés indolents, démodés ou secs. Le reproche m’a un peu piqué. <a href="/en-avoir-ou-pas/">Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne me souviens plus quel humoriste disait, en substance, qu’il vaut mieux se taire en passant pour un sot, plutôt que parler au point de ne laisser aucun doute à ce sujet. Affrontant ce risque, je me suis décidé à reprendre notre dialogue.</p>
<p>Quand le Président de la République m’a rappelé au Gouvernement, en mai 2007, il me sembla qu’il devenait séant de <a href="http://xavierdarcos.blogspirit.com/archive/2007/05/19/fin-de-campagne.html">renoncer à mon blog</a>, la tâche qui m’attendait risquant de ne m’en accorder ni le loisir ni la licence. Je jugeais la poursuite de cet exercice difficilement compatible avec les contraintes d’un agenda ministériel. Des lecteurs, que je découvris à cette occasion plus nombreux et assidus que je ne l’aurais imaginé, me firent le reproche de cet excès de prudence. Inversement, je vois, ces temps-ci, que la presse fait le compte des personnalités qui bloguent et qu’elle montre du doigt les silencieux, supposés indolents, démodés ou secs. Le reproche m’a un peu piqué. Car, tous les jours, sans exception, j’écris au minimum un long paragraphe, généralement une page. Je prends des notes, je tâche à me souvenir de tel mot ou de tel événement, je m’obstine à lire et à commenter les grands textes, je prépare diverses publications. Osant paraphraser Sartre dans sa conclusion des Mots, je crois que finirai ma vie comme je l’ai commencée : au milieu des livres. Pourquoi ne pas en laisser quelques traces, les moins iconoclastes, sur ce site ? Je vais donc m’y remettre. En politique, la constance est à la fois une vertu et un aveuglement. Mais ce retour est un double défi : une astreinte de plus, et une exposition face à la blogosphère, laquelle ressemble parfois à un vaste cancan malveillant, inexact et dénonciateur. Je devrais me persuader du mot de La Bruyère, dans ses <em>Caractères : &laquo;&nbsp;L’on se repent rarement de parler peu, très souvent de trop parler : maxime usée et triviale que le tout le monde sait, et que tout le monde ne pratique pas&nbsp;&raquo; (De l’homme)</em>. Mais, enfin, <em>&laquo;&nbsp;Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler&nbsp;&raquo;</em> dit aussi l’Ecclésiaste (Qohéleth, 3/ 7). Admettons que ce temps soit revenu.</p>
<p>Je redoute cependant l’ambiguïté propre au genre du blog, cet impudique journal intime où l’on dit tout, quitte à en dire trop ou trop peu, au risque de ne plus rien dire qui vaille : de quoi irriter tout le monde ! Au cours des deux dernières années, faute de pouvoir en écrire moi-même, j’ai fréquenté beaucoup de blogs. Quelques paranos m’ont même accusé, dans une absurde polémique, de vouloir les lire tous à la fois. J’y ai vu beaucoup d’attaques et d’exagérations. Mais je me suis aussi arrêté sur des analyses remarquables et je me suis enrichi de leurs commentaires. Voici qu’à mon tour me vient le désir de contribuer à cet extraordinaire fourmillement que l’on trouve sur Internet. N’y a-t-il pas, d’ailleurs, une forme de paradoxe pour un homme public à ne pas exprimer librement sa pensée sur le média le plus lu qui soit ?</p>
<p>Bref, avouons-le sans détour ni faux-semblant : mon blog me manquait. Mes lecteurs et leurs commentaires aussi. Ceci est  une invitation au dialogue.</p>
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